Hippocrate

Hippocrate le Grand ou Hippocrate de Cos est un médecin grec du siècle de Périclès, reconnu comme l'une des grandes figures de l'histoire de la médecine.



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Médecin grec - Médecin de l'antiquité - Philosophe de la Grèce antique - Naissance au Ve siècle av. J.-C. - Décès au IVe siècle av. J.-C.

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  • Hippocrate v. 460-v. 377 av. J. -C., médecin grec de l'Antiquité, ... dans la mer Égée, en Grèce, Hippocrate est , selon Platon dans Protagoras, ... (source : fr.ca.encarta.msn)
Hippocrate de Cos

Surnom (s) Hippocrate le grand, Ἱπποκράτης (Grec)
Naissance vers 460 av. J. -C
Kos (Grèce)
Décès vers 370 av. J. -C (à 83 ans)
Larissa (Grèce)
Nationalité grec
Profession (s) médecin
Compléments
Buste de Peter Paul Rubens, 1638

Hippocrate le Grand ou Hippocrate de Cos (en grec : Ἱπποκράτης) (né vers 460 av. J. -C dans l'île de Cos en Grèce et décédé vers 370 av. J. -C à Larissa en Grèce) est un médecin grec du siècle de Périclès, reconnu comme l'une des grandes figures de l'histoire de la médecine.

Article détaillé : Médecine en Grèce antique.

Il est fréquemment désigné comme le père de la médecine pour ses contributions notables dans la discipline et pour la fondation de l'école de médecine hippocratique. Cette école a révolutionné intellectuellement la médecine en Grèce antique, en instituant cet art comme une discipline différente des autres disciplines de la connaissance auxquelles elle avait habituellement été rattachée (surtout la théurgie et la philosophie), faisant ainsi de la médecine une profession à part entière[1], [2].

Cependant, les œuvres des écrivains du corpus, des praticiens de la médecine hippocratique et les actions d'Hippocrate lui-même sont fréquemment confondues. On sait particulièrement peu de choses sur la vie d'Hippocrate, sa pensée et ses rédigés. Néanmoins, Hippocrate est fréquemment décrit comme le parangon du médecin de l'Antiquité. Surtout, il est le plus souvent admis qu'il a fait énormément avancer l'étude systématique de la clinique médicale en compilant la somme des connaissances médicales des écoles précédentes et en instituant des règles éthiques pour les médecins à travers le serment d'Hippocrate et d'autres travaux[1], [3].

Biographie

Asklepieion sur l'île de Kos

Selon la majorité des historiens, Hippocrate est né vers l'an 460 av. J. -C sur l'île grecque de cos (Kos). Il fut un médecin connu et un célèbre professeur de médecine.

D'autres renseignements biographiques sont apocryphes et sujets à caution[4]. Soranos d'Ephèse, un gynécologue grec du IIe siècle[5] fut le premier biographe d'Hippocrate et ses rédigés sont la source des principales informations dont nous disposons sur sa personne. D'autres détails nous sont parvenus au travers des rédigés d'Aristote, qui datent du IVe siècle av. J. -C. , de la Souda du Xe siècle ap. J. -C et des ouvrages de Jean Tzétzès rédigés au 12e siècle ap. J. -C[1], [6]. Selon Soranos, le père d'Hippocrate était un médecin, Heraclides, et sa mère Praxitela, fille de Phenaretis. Les deux fils d'Hippocrate, Thessalus et Draco, mais aussi son gendre, Polybus, ont été ses élèves. Selon Claude Galien, un médecin grec d'une époque plus récente, Polybus est le vrai successeur d'Hippocrate. Source de confusion, Draco et Thessalus eurent tous deux un fils appelé Hippocrate[1], [6].

Selon Soranos, Hippocrate a appris la médecine de son père et de son grand-père et a étudié d'autres domaines de la connaissance avec Démocrite et Gorgias. Hippocrate a certainement été constitué par les Asclépiades de Cos, une confrérie de prêtres-médecins vénérant Asclépios, dieu grec de la médecine et a suivi l'enseignement d'Herodicus de Selymbria un médecin thrace. L'unique mention contemporaine d'Hippocrate figure dans le dialogue de ProtagorasPlaton mentionne Hippocrate comme étant «Hippocrate de Cos, un membre des Asclépiades»[7], [8]. Il est mort certainement à Larissa à l'âge de 83 ou 90 ans, même si certains ont prétendu qu'il avait vécu jusqu'à plus de 100 ans. Il existe différentes versions sur les circonstances de sa mort[9].

Théorie hippocratique

Hippocrate s'est vu consacré comme le premier médecin à avoir rejeté les superstitions et les croyances qui attribuaient la cause des maladies à des forces surnaturelles ou divines. Ainsi, l'auteur de Sur la maladie sacrée entreprend de montrer que l'épilepsie, nommée alors «maladie sacrée», n'est pas «plus divine ou plus sacrée que n'importe quelle autre maladie.»[10] Sa preuve est simple : la maladie ne s'en prend qu'aux «flegmatiques» (voir : théorie des humeurs) or, si la maladie était véritablement une visitation divine, tous devraient pouvoir en être atteints. «Toutes les maladies sont divines et toutes sont humaines», conclut l'auteur[11]. Les disciples de Pythagore ont porté au crédit d'Hippocrate le mérite d'avoir réuni la philosophie et la médecine[12]. Il a scindé la médecine comme discipline de la religion en croyant et en faisant valoir que la maladie n'était pas une punition infligée par les dieux, mais plutôt la conséquence de facteurs environnementaux, de l'alimentation et des habitudes de vie. De fait, on ne trouve pas mention d'une seule maladie mystique dans la totalité du corpus hippocratique. Cependant, Hippocrate a travaillé sur la foi de nombreux principes basés sur des conceptions qui sont désormais reconnues comme étant erronées en anatomie et en physiologie comme la théorie des humeurs[13], [14], [15].

Les écoles de médecine de la Grèce ancienne (l'école de Cnide et celle de Cos) se sont opposées sur la façon de traiter les maladies. L'école de médecine de Cnide avait essentiellement axé sa pratique sur le diagnostic, mais elle était tributaire de nombreuses hypothèses erronées sur le fonctionnement du corps : la médecine grecque à l'époque d'Hippocrate ignorait quasiment tout de l'anatomie et de la physiologie humaine en raison du tabou grec qui interdisait la dissection du corps humain. L'école de Cnide, donc, ne parvenait pas à identifier une affection donnée comme étant une seule et unique maladie quand elle pouvait se manifester par différents types de symptômes[16].

L'école hippocratique de Cos a obtenu de meilleurs résultats en se contentant de diagnostics généraux et de traitements symptomatiques ou palliatifs, selon les points de vue. L'accent était mis sur les soins aux patients et le pronostic de la maladie et non plus sur son diagnostic. Elle parvint à traiter efficacement les maladies et cela a permis un grand développement de la pratique clinique[17], [18].

La médecine hippocratique et sa philosophie sont particulièrement éloignées des orientations de la médecine moderne. Actuellement le médecin se concentre sur un diagnostic précis et un traitement particulièrement adapté en conséquence, deux principes qui avaient déjà été préconisés par l'école de Cnide. Ces changements dans la pensée médicale depuis l'époque d'Hippocrate ont suscité des critiques pertinentes au cours des deux derniers millénaires, le traitement palliatif d'Hippocrate faisant l'objet de controverses spécifiquement virulentes. Par exemple en 1869 un médecin français, MS Houdart, qualifiait la méthode thérapeutique d'Hippocrate de «méditation sur la mort»[19].

Les humeurs et les crises

Articles détaillés : Théorie des humeurs et quatre éléments.

L'école hippocratique a été influencée par la théorie des quatre éléments qui postule que toute matière est constituée d'un mélange de quatre éléments essentiels l'Eau, la Terre, l'Air, le Feu. En reprenant une vieille conception grecque qui établissait une correspondance entre le microcosme et le macrocosme, le corps humain étant le reflet en miniature de l'univers, Hippocrate professait que le corps humain était constitué de quatre humeurs qui sont la transposition organique de chacun des éléments fondamentaux. Selon cette conception, connue sous le nom de Théorie des humeurs les maladies étaient la conséquence d'un déséquilibre interne de l'organisme entre les quatre humeurs, des fluides qui sont naturellement en proportion identique quand l'état de santé est bon (pepsis) [20]. Selon cette école de pensée, quand les quatre humeurs, le sang, la lymphe (ou phlegme), la bile jaune et l'atrabile (ou bile noire) ne sont pas en état d'équilibre (dyscrasie qui veut dire «mauvais mélange») une personne devient malade et le reste jusqu'à ce que l'équilibre ait été quelque peu rétabli. Trop de flegme dans le corps, par exemple, provoquait des troubles pulmonaires et l'organisme tentait de tousser et de cracher le phlegme pour rétablir l'équilibre. La méthode thérapeutique d'Hippocrate avait pour but de rétablir cet équilibre. Par exemple en utilisant le citron dont on pensait qu'il était bénéfique quand le phlegme (la lymphe) était surabondant[21], ou encore en recommandant la saignée ou bien les sangsues pour éliminer le sang en excès, localement ou dans tout l'organisme.

Selon ce modèle, "le corps humain se compose de 4 humeurs dont le juste tempéramment est la condition de la santé", la maladie est alors reconnue comme évoluant en 3 phases : - la degenerescence des humeurs - la coction (réaction par la fièvre) - la crise (évacuation de l'humeur en excès).

Un autre concept important dans la médecine hippocratique était celui de crise, un moment précis dans la progression de la maladie où tout peut basculer : soit la maladie commence à triompher, et le patient va succomber, soit à l'inverse les processus naturels de guérison se mettent en œuvre et permettent au malade de se rétablir. Après une crise, une rechute peut survenir, suivie d'une autre crise décisive. Selon cette doctrine, les crises auraient tendance à survenir au moment de jours critiques qui étaient censés revenir à date fixe après le début de la maladie. Si une crise survient au cours d'une journée éloignée d'un jour critique, une rechute est à craindre. Galien estime que cette idée est née avec Hippocrate, mais il est envisageable qu'elle soit antérieure[22].

La thérapeutique hippocratique

Dessin d'un banc d'Hippocrate d'une édition byzantine d'un ouvrage de Galien au IIe siècle

La médecine hippocratique était humble et palliative. L'approche thérapeutique était fondée sur le pouvoir guérisseur de la nature (vis medicatrix naturæ en latin). Selon cette doctrine, le corps contient en lui-même le pouvoir de rééquilibrer les quatre humeurs et de se guérir lui-même (physis) [20]. La thérapeutique hippocratique se donnait simplement pour but d'aider ce processus naturel. À cette fin, Hippocrate croyait que le "repos et l'immobilisation" étaient d'une importance capitale[23]. En règle générale, la médecine hippocratique était particulièrement respectueuse du patient, le traitement était doux, et visait en particulier à garder le patient propre pour prévenir toute infection. A titre d'exemple, seuls l'eau propre ou le vin étaient utilisés sur les plaies, quoiqu'un traitement sec soit préférable. Des baumes apaisants étaient quelquefois utilisés[24].

Hippocrate hésitait à administrer des médicaments ainsi qu'à s'engager dans un traitement spécifique qui pourrait s'avérer mal choisi. Sa devise était «avant tout, ne pas nuire» (primum non nocere, en latin). Un diagnostic incertain était suivi d'un traitement polyvalent[24], [25]. De puissants médicaments ont cependant été utilisés en certaines occasions[26]. Cette approche attentiste a rencontré un grand succès dans le traitement des affections assez simples telles que les fractures qui nécessitaient une traction pour provoquer une élongation du membre brisé et soulager ainsi la pression sur la zone de fracture. Le banc d'Hippocrate et d'autres systèmes ont été utilisés à cette fin.

Un des points forts de la médecine hippocratique était l'accent mis sur le pronostic. À l'époque d'Hippocrate, les traitements médicamenteux étaient toujours primitifs et , fréquemment, la meilleure chose que les médecins pouvaient faire était d'évaluer la gravité de la maladie et d'estimer comment elle était susceptible d'évoluer sur la base des données recueillies par l'observation détaillée de cas identiques[15], [27].

Un précurseur de la diététique

Articles détaillés : Diététique, quatre éléments, théorie des humeurs et Diététique hippocratique.

Hippocrate a ouvert la voie à la diététique en prônant l'utilisation des légumes et des fruits.

A cette époque la diététique repose sur quatre idées simples :

Dans la diététique hippocratique, on classe les aliments selon leur correspondance avec l'un ou l'autre des quatre éléments : l'Eau, la Terre, l'Air, le Feu qui correspondent à quatre tempéraments définis par la théorie des humeurs : lymphatique, mélancolique, sanguin et colérique. Chaque aliment est classé selon ses qualités (voir ici) qui s'échelonnent en quatre degrés sur deux axes principaux chaud et froid, sec et humide. (accessoirement selon les axes doux et amer, cru et cuit). Ces qualités influent sur la façon dont l'aliment se transforme dans le corps et sur la qualité et la consistance des humeurs ainsi génèrées dans l'organisme. La chaleur de la digestion transforme les aliments en lymphe qui, elle-même, se transforme en humeurs ou agit sur la qualité et l'équilibre des humeurs en présence. Pour rester en bonne santé, au fil des saisons, il faut avoir une nourriture équilibrée. Pour cela, les médecins se recommandant de la tradition hippocratique préconisent à leurs patients de consommer des aliments qui correspondent à leur tempérament, pour corriger le déséquilibre des humeurs prédominantes dans chaque tempérament. Ainsi le vin rouge (chaud et sec), comme la viande (chaude et sèche) sont recommandés aux personnes âgées, aux flegmatiques ainsi qu'aux mélancoliques, de nature froide. Par contre, le poisson frais (froid et humide), les fruits ou légumes (froids et humides) conviennent plutôt aux colériques ainsi qu'aux sanguins, ainsi qu'aux jeunes, de tempérament chaud.

L'alimentation doit aussi fluctuer selon le climat et les saisons qui influent sur les humeurs, l'hiver, période où le flegmatique froid et humide domine, il est préférable de consommer des viandes en sauce, cuisinées avec des épices qui réchauffent; au printemps, période où le sanguin chaud et humide domine, il est conseillé de passer progressivement du bouilli au rôti et de commencer à manger davantage de légumes verts; l'été, période où le colérique chaud et sec domine, c'est le moment de manger des viandes et des poissons grillés, plus légers, et de préférer des aliments froids et humides comme les melons, les prunes ou les cerises; l'automne, période où le mélancolique (ou atrabilaire) sec et froid domine, il faut manger des aliments appétissants et acidulés pour chasser la mélancolie et diminuer le vin et les fruits.

Bien que désormais obsolètes, ces concepts qui ont beaucoup dominé la médecine en Occident pendant plus de mille ans ont laissé des traces dans la culture populaire. Les termes lymphatique, flegmatique, mélancolique, colérique sont toujours employés pour désigner des caractères, quoiqu'on ne sache plus exactement à quoi ils font référence. Cette tradition survit aussi dans certaines pratiques culinaires (manger du melon avec du jambon cru, en début de repas, des poires au vin en dessert, boire un digestif en fin de repas) ou dans certains conseils diététiques de nos grands-mères (ne pas boire en mangeant).

Article connexe : Alimentation en Grèce antique.

Le professionnalisme

Instruments chirurgicaux de l'Antiquité grecque. Sur la gauche on distingue un trépan et sur la droite, un jeu de scalpels. La médecine Hippocratique a fait bon usage de ces instruments[28].

La médecine hippocratique se distinguait par son strict professionnalisme, sa discipline et la rigueur de sa pratique[29]. L'ouvrage d'Hippocrate Sur le Médecin recommande aux médecins d'être toujours rigoureux, honnêtes, calmes, compréhensifs et sérieux. Le médecin Hippocrate a porté une attention spécifique à l'ensemble des aspects de sa pratique : il a donné des prescriptions détaillées pour l'éclairage, le personnel qui assistait le praticien, le positionnement des instruments et du patient, les techniques de bandage et de contention dans les salles d'opération[30]. Il veillait même à garder les ongles d'une longueur convenable[31].

L'école d'Hippocrate a donné énormément d'importance aux doctrines cliniques d'observation et de documentation. Ces doctrines enseignent aux médecins comment enregistrer leurs conclusions et leurs prescriptions médicamenteuses d'une manière particulièrement claire et objective de sorte que ces documents puissent être transmis à d'autres médecins et utilisés par eux[32]. Hippocrate s'astreint avec minutie à noter régulièrement de nombreux symptômes comme le teint, le pouls, la fièvre, les douleurs, la motricité du patient et l'aspect des urines et des selles[27]. On dit qu'il aurait pris le pouls d'un patient lorsqu'il l'interrogeait sur l'histoire de sa maladie (anamnèse) pour savoir si le patient avait menti[33]. Hippocrate a étendu ses observations cliniques à l'histoire de la famille et de l'environnement[34]. Pour lui la médecine est l'art de l'observation et de l'examen clinique[15]. Pour cette raison il peut légitimement être reconnu comme le Père de la médecine clinique[35]. On lui attribue le mérite d'avoir décrit les symptômes de la grippe humaine et ses élèves sont les premiers à avoir fait des diagnostics, sinon précis, du moins pertinents.

Contributions directes à la médecine

Doigts en baguettes de tambour secondaire à une hypertension artérielle pulmonaire chez un patient atteint du syndrome d'Eisenmenger. Décrit pour la première fois par Hippocrate, l'aspect des doigts en baguette de tambour est aussi connu sous le nom «d'Hippocratisme digital».

Hippocrate et ses disciples ont été les premiers à décrire de nombreuses maladies et affections médicales. On lui attribue la paternité de la première description de l'hippocratisme digital, un signe important pour le diagnostic de la broncho-pneumopathie chronique obstructive, du cancer du poumon et des cardiopathies congénitales cyanogènes. Pour cette raison, le symptôme des doigts en baguette de tambour est quelquefois nommé Hippocratisme digital[36]. Hippocrate a aussi été le premier médecin à décrire dans Pronostic la face hippocratique, le changement qui se produit dans le visage au moment de la mort, ou pendant une longue maladie. Shakespeare fait allusion à cette description dans sa relation de la mort de Falstaff dans Henry V acte II, scène III[37], [38].

Diagnostic

Article détaillé : Diagnostic (médecine) .

Hippocrate a commencé à classer les maladies en maladies aiguës, chroniques, endémiques et épidémiques, ainsi qu'à utiliser des termes tels que, «exacerbation, rechute, résolution, crise paroxysme, pic et convalescence»[27], [39]. Une autre des grandes contributions d'Hippocrate peut être trouvée dans ses descriptions des symptômes, des signes physiques, du traitement chirurgical et du pronostic de l'empyème thoracique (pleurésie purulente), c'est-à-dire de la suppuration de la muqueuse pleurale dans la cavité thoracique. Ses enseignements demeurent pertinents aujourd'hui pour les étudiants en pneumologie et en chirurgie[40]. Hippocrate a été le premier chirurgien thoracique répertorié et ses conclusions sont toujours valables.

L'école hippocratique de médecine a correctement décrit les maladies du rectum et leur traitement, en dépit d'une conception erronée de la médecine. Les hémorroïdes, par exemple, qu'on croyait causées par un excès de bile et de phlegme, étaient traitées par les médecins de l'époque d'Hippocrate par des moyens assez avancés. [41], [42]La cautérisation et l'excision sont décrites dans le Corpus hippocratique, en plus des méthodes les plus utilisées : la ligature des hémorroïdes et leur assèchement au fer chaud. D'autres traitements tels que l'application de différents baumes sont aussi proposés. [43], [44] Actuellement, le traitement [des hémorroïdes] comprend toujours la cautérisation, la ligature, et l'excision. [41] En outre, certains des concepts fondamentaux de la proctoscopie décrits dans le corpus, sont toujours en vigueur. [41], [42] A titre d'exemple, les utilisations du spéculum rectal, un système médical courant, sont exposés dans le Corpus hippocratique. [42] Ce qui forme la première référence connue à l'endoscopie. [45], [46]

Corpus hippocratique

Article détaillé : Corpus hippocratique.
Manuscrit byzantin du XIIe siècle du Serment d'Hippocrate sous la forme d'une croix

Le Corpus hippocratique (du latin : Corpus hippocraticum) est une compilation de près de soixante-dix traités de médecine de la Grèce antique, rédigé en Ionique (dialecte ionique). La question de savoir si Hippocrate lui-même a été l'auteur du corpus n'a pas été résolue de façon définitive[47]. Mais, ces livres ont certainement été rédigés par ses étudiants et ses disciples[48]. À cause de la variété des thèmes, des styles d'écriture et de la date apparente de rédaction les chercheurs estiment que le Corpus hippocratique n'aurait pas pu être rédigé par une seule personne (Ermerins évalue le nombre des auteurs à dix-neuf) [26]. Pendant l'Antiquité le corpus a été attribué à Hippocrate et son enseignement a généralement suivi ses principes, de sorte qu'il est désigné par son nom. Il pourrait s'agir des vestiges d'une bibliothèque de Kos ou d'une collection de manuscrits compilés au IIIe siècle av. J. -C à Alexandrie[30], [7].

Le Corpus hippocratique comprend des manuels, des conférences, des recherches, des notes et des dissertations philosophiques sur divers sujets en rapport avec la médecine, réunis sans ordre spécifique[47], [49]. Ces ouvrages qui ont été rédigés pour différents publics, à la fois pour les spécialistes et pour les profanes, ont quelquefois été conçus à partir de points de vue opposés, ce qui explique que d'importantes contradictions peuvent être relevées entre les différentes parties du corpus[50]. Parmi les œuvres importantes du Corpus citons le serment d'Hippocrate, Le Livre des pronostics, Le Régime dans les maladies aiguës, Les Aphorismes, Airs, eaux, lieux, Les instruments de réduction, Sur la maladie sacrée, etc. [26].

Le serment d'Hippocrate

Article détaillé : Serment d'Hippocrate.

Le serment d'Hippocrate, un texte sur l'éthique de la pratique médicale, a été attribué dans l'Antiquité à Hippocrate. Il s'agit certainement du document le plus célèbre du Corpus hippocratique, mais il y a peu de temps, l'authenticité du document a été mise en doute. Quoique le serment soit actuellement rarement utilisé sous sa forme originale, il a inspiré d'autres serments identiques et les lois qui définissent les bonnes pratiques et la morale médicale. De tels serments sont actuellement régulièrement prononcés par les diplômés en médecine sur le point d'entrer dans la pratique médicale[51], [7].

Œuvre

Peinture murale représentant Galien et Hippocrate. XIIe siècle; Anagni, Italie

Hippocrate est beaucoup reconnu comme le «Père de la Médecine»[48]. Ses contributions ont révolutionné la pratique de la médecine, mais après sa mort, les progrès de la discipline ont marqué le pas[52]. Hippocrate était tellement révéré que ses enseignements ont été reconnus comme trop parfaits pour pouvoir être perfectionnés et qu'aucun progrès significatif dans le domaine médical n'a plus été réalisé pendant longtemps, tant le dogme interdisait toute remise en cause[7], [23]. Les siècles qui ont suivi la mort d'Hippocrate furent marqués plus fréquemment par des retours en arrière que par de nouveaux progrès. A titre d'exemple, après l'époque d'Hippocrate, la pratique d'écrire l'histoire de cas cliniques a disparu selon Fielding Garrison [53].

Héritage

Après Hippocrate, le médecin le plus remarquable a été Galien, un grec qui a vécu de 129 à 200 apr. J. -C. et qui perpétua la médecine Hippocratique avec à la fois des apports et des reculs[54]. Ses œuvres traduites en latin ont eu énormément d'influence sur l'occident chrétien qui avait difficilement accès aux textes originaux en grec. Après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476 la médecine hippocratique a continué à être pratiquée dans l'Empire byzantin qui a contribué à préserver les connaissances de l'antiquité grecque et latine par la compilation des textes anciens et plus tard par leur transmission aux italiens surtout par l'intermédiaire de la Sicile qui est restée possession byzantine jusqu'en 878.

Article détaillé : Médecine dans l'empire byzantin.

En 489 au moment de la fermeture de leur École théologique d'Édesse l'élite intellectuelle des chrétiens nestoriens chassés de l'Empire byzantin par les persécutions religieuses ont fui en Perse où ils ont été accueillis par le roi Khosro Ier à l'Académie de Gundishapur. Ils emmenaient avec eux de précieux manuscrits anciens et ont traduit en syriaque et en persan une grande partie de l'œuvre d'Hippocrate. Au moyen-age, après la chute de la dynastie sassanide et la conquête de la Perse par les musulmans, Bagdad est devenu progressivement le nouveau centre culturel de la région et après la création de la Maison de la sagesse en 832 par le Calife al-Ma'mūn, les textes d'Hippocrate ont été traduit en Arabe [55]et ses méthodes ont été adoptées par les médecins musulmans.

Après la Renaissance et sous l'influence des arabes dont les ouvrages avaient été traduits en latin au XIIe siècle, les méthodes d'Hippocrate ont été redécouvertes en Europe et même développées au XIXe siècle. À noter parmi ceux qui ont pratiqué les méthodes cliniques rigoureuses d'Hippocrate les personnalités suivantes : Sydenham, Heberden, Charcot et Osler. Un médecin français Henri Huchard, a déclaré que ces retours aux sources jalonnent «toute l'histoire de la médecine interne»[56].

Actuellement les concepts de la médecine hippocratique sont reconnus comme obsolètes, mais ils sont toujours mis en pratique en Inde comme médecine traditionnelle sous le nom de médecine Yunâni (le terme vient du grec «Ionia», qui sert à désigner la côte d'Asie Mineure).

Article détaillé : Yunâni.

Image

Image conventionnelle de «portrait» romain en buste (gravure du 19e siècle)

Selon le témoignage d'Aristote, Hippocrate est connu comme «le Grand Hippocrate»[57]. Concernant son apparence, Hippocrate fut en premier lieu décrit comme un «vieux médecin de campagne digne et compatissant», puis comme «arrogant et inaccessible»[7]. Il est sans doute reconnu comme un sage, un homme d'une particulièrement grande intelligence et , en particulier, comme un bon praticien. Francis Adams le décrit comme un vrai «médecin, homme d'expérience et de bon sens»[16].

Cette image de sage, de vieux médecin est renforcée par les bustes qu'on possède de lui et qui le représentent le visage ridé et portant une grande barbe. De nombreux médecins de l'époque avaient les cheveux coupés courts dans le style de Jupiter et d'Asclépios. Donc, les bustes d'Hippocrate qui nous sont parvenus ne sont peut-être uniquement qu'une autre version des portraits de ces divinités[52]. Hippocrate et les croyances qui lui sont attribuées sont reconnues comme celles de l'idéal médical. Fielding Garrison, une autorité en matière d'histoire de la médecine, a déclaré : «Il est , avant tout, l'exemple de cette attitude d'esprit critique, toujours à la recherche de sources d'erreur qui est l'essence de l'esprit scientifique»[56]. «Sa figure... se dresse pour les temps futurs comme celle du médecin parfait», selon une courte histoire de la médecine, qui a inspiré la profession médicale depuis sa mort[58].

Légendes

La plupart des histoires qui sont rapportées sur la vie d'Hippocrate sont certainement fausses parce qu'elles sont incompatibles avec les données historiques, et qu'on raconte des histoires identiques ou semblables, à propos d'autres personnages comme Avicenne et Socrate, ce qui suggère qu'il s'agit de légendes. Même au cours de sa vie, la réputation d'Hippocrate était extraordinaire et les histoires de guérisons miraculeuses étaient légion. A titre d'exemple, on dit qu'Hippocrate aurait contribué à la guérison des Athéniens durant la peste d'Athènes par de grands feux utilisés en guise de «désinfectants» en complément d'autres traitements. Il existe une histoire d'Hippocrate guérissant Perdiccas, roi de Macédoine, de la «maladie d'amour». Aucune de ces fables n'est corroborée par aucun historien et ces événements ont par conséquent peu de chances de s'être réellement produits[59], [60], [61]. Même le miel provenant d'une ruche localisée sur sa tombe était connu avoir des pouvoirs de guérison[7], [23].

Arbre d'Hippocrate sous lequel on dit qu'Hippocrate aurait travaillé, dans la ville de Kos[62].

Une autre légende concerne la manière dont Hippocrate aurait rejeté une convocation officielle au tribunal d'Artaxerxès, roi de Perse et refusé de le soigner en dépit des somptueux cadeaux que ce dernier lui proposait[63]. La validité de cette anecdote est admise par les sources anciennes, mais réfutée par certains historiens modernes et est par conséquent sujette à caution[64].

Un autre récit affirme que Démocrite était reconnu comme fou parce qu'il se moquait de tout et qu'il fut envoyé à Hippocrate pour être soigné. Hippocrate ne diagnostiqua chez Démocrite qu'une disposition à être heureux. Démocrite fut ensuite surnommé «le philosophe rieur»[65].

Dans les histoires qui le concernent, Hippocrate n'est pas forcément dépeint positivement : selon une légende, Hippocrate aurait fui après l'incendie d'un temple de guérison en Grèce. Soranos d'Éphèse, à l'origine de cette histoire, citait le temple comme étant l'un de l'école de Cnide. Cependant des siècles plus tard le grammairien byzantin Jean Tzétzès rédigé qu'Hippocrate a brûlé son propre temple, le temple de Cos, prétendant qu'il avait agi ainsi pour conserver son monopole sur la connaissance médicale. Cette histoire est complètement en contradiction avec la personnalité d'Hippocrate, telle que la rapporte la tradition. D'autres légendes racontent la résurrection de son neveu Auguste. Cet exploit est censé être survenu au moment de l'érection d'une statue d'Hippocrate et de la création d'une chaire en son honneur à Rome[61], [59], [32], [66]

Généalogie légendaire

La généalogie légendaire d'Hippocrate fait remonter son ascendance paternelle directement à Asclépios et son ascendance maternelle à Héraclès. [26], [67], [68]

Article détaillé : Asclépios.

Locutions appelées selon Hippocrate

Certains signes cliniques et certains symptômes ont reçu le nom d'Hippocrate parce qu'on croyait qu'il avait été la première personne à les avoir décrits. La face hippocratique est le changement qui se produit dans le visage au moment de la mort, ou pendant une longue maladie, à cause de l'amaigrissement et de la dénutrition. Le signe des doigts en baguette de tambour, une déformation des doigts et des ongles, est aussi connu sous le nom d'Hippocratisme digital. La succussion hippocratique est le bruit d'éclaboussures d'un hydropneumothorax ou d'un pyopneumothorax qu'on entend à l'intérieur du thorax en «secouant» le patient. Le banc d'Hippocrate qui est un appareil servant à mettre les os en traction et le bandage hippocratique sont deux systèmes qui ont reçu le nom d'Hippocrate[69]. Le corpus hippocratique et le Serment d'Hippocrate portent aussi son nom. Une boisson médicinale particulièrement utilisée au Moyen Âge, l'hypocras, est aussi connue avoir été découverte par Hippocrate. Le rire sardonique, génèré par le spasme des muscles du visage est aussi quelquefois qualifié de sourire d'Hippocrate.

À l'époque moderne, on a baptisé de son nom un cratère de la lune – le cratère Hippocrate. Un musée sur l'île grecque de Kos le Musée Hippocrate, lui est consacré. Le projet Hippocrate est un programme du centre médical de l'Université de New York pour renforcer l'éducation à travers l'utilisation de la technologie. Le Projet Hippocrate (un acronyme de "HIgh PerfOrmance Computing for Robot-AssisTEd Surgery") est un projet de la Carnegie Mellon School of Computer Science et du Shadyside Medical Center, pour élaborer la planification, la simulation, et la mise en pratique des technologies pour la prochaine génération des robots de chirurgie assistée par ordinateur[70].

Corpus hippocratique

Le "Corpus hippocratique" comprend à peu près soixante traités médicaux, rédigés en langue ionienne entre la fin du Ve et la fin du IIIe s. av. J. -C., réunis vers le IIe s. av. J. -C. à Alexandrie. À l'exception de La nature de l'homme (certainement rédigée par Polybe, le gendre d'Hippocrate, vers 410 av. J. -C. ), aucun de ces traités ne peut être clairement et définitivement attribué à Hippocrate ou à un quelconque auteur. Cependant on regroupe sous l'école de Cos : La nature de l'homme, Airs, eaux, lieux, Prénotions coaques, Pronostics, La maladie sacrée ; sous le nom d'école de Cnide : Sentences cnidiennes, Affections internes. [71]

  • Œuvres complètes d'Hippocrate, trad. Émile Littré, Paris, 1839-1861, 10 vol.
  • Hippocrate, trad., Les Belles Lettres : L'ancienne médecine (t. II, 1ère partie) (fin du Ve s. av. J. -C. )  ; Airs, eaux, lieux (II, 2)  ; La maladie sacrée (II, 3) (influence de Diogène d'Apollonie)  ; Épidémies ; Des vents (V, 1)  ; De l'art (V, 1)  ; Du régime (VI, 1)  ; Du régime des maladies aiguës (VI, 2)  ; De l'aliment ; De l'usage des liquides ; Plaies, nature des os, cœur, anatomie (VIII)  ; Maladies ; De la génération (XI)  ; De la nature de l'enfant (XI)  ; Du fœtus de huit mois (XI)  ; Des lieux dans l'homme (XIII)  ; Du dispositif des glandes ; Des fistules ; Des hémorroïdes (XIII)  ; De la vision ; Des chairs ; De la dentition (XIII).

Études sur Hippocrate

Une gravure sur bois représentant la réduction d'une épaule luxée avec un système hippocratique.
  • Alberto Jori, Medicina e medici nell'antica Grecia. Saggio sul'Perì téchnes'ippocratico, Bologna, édition il Mulino, 1996 (ISBN 8815057927) .
  • Jacques Jouanna, Hippocrate, Fayard, 1992.
  • Adams Francis, The Genuine Works of Hippocrates, William Wood and Company, New York, 1891 .
  • Encyclopedia Britannica, «HIPPOCRATES», 1911, Encyclopedia Britannica, Inc., p.  519. Consulté le 4 Octobre 2006.
  • Garrison Fielding H., History of Medicine, W. B. Saunders Company, Philadelphia, 1966 .
  • Fishchenko AIa Khimich SD, Modification of the Hippocratic cap-shaped bandage, vol.  1, 1986 [détail des éditions] .
  • Internet Encyclopedia of Philosophy, «Democritus», 2006, The University of Tennessee at Martin. Consulté le 17 Décembre 2006.

Autres lectures

  • Adams Francis (translator) [1891], «Works by Hippocrates», 1994 (original date 1891), Daniel C. Stevenson, Web Atomics © 1994–2000.
  • Jori, Alberto, Medicina e medici nell'antica Grecia. Saggio sul'Perì téchnes'ippocratico, il Mulino, Bologna (Italy), 1996 .
  • Kalopothakes M. D., «An essay on Hippocrates», 1857, King and Baird Printers.
  • Lopez Francesco, Il pensiero olistico di Ippocrate. Percorsi di ragionamento e testimonianze. Vol. I, Edizioni Pubblisfera, Cosenza (Italy), 2004 .
  • Pliny the Elder, Natural History : Book XXIX. , translated by John Bostock. See original text in Perseus program.
  • Smith Wesley D., Hippocratic Tradition, Cornell Univ Pr, 1979 (ISBN 0801412099)  

Notes et références
  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article de Wikipédia en anglais intitulé «Hippocrates».
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  10. Cité par LLoyd (1999a), p. 69.
  11. Sur la maladie sacrée, c. 18.
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  62. (National Library of Medicine 2000)
  63. (Pinault 1992, 1)
  64. (Adams 1891, 12–13)
  65. (Internet Encyclopedia of Philosophy 2006)
  66. (Jones 1868, 24)
  67. (Adams 1891)
  68. Selon les Chiliades de Tzetzes, la généalogie d'Hippocrate II est la suivante :
    1. Hippocrates II. Le père de la médecine
    2. Heraclides
    4. Hippocrates I.
    8. Gnosidicus
    16. Nebrus
    32. Sostratus III.
    64. Theodorus II.
    128. Sostratus, II.
    256. Thedorus
    512. Cleomyttades
    1024. Crisamis
    2048. Dardanus
    4096. Sostatus
    8192. Hippolochus
    16384. Podalirius
    32768. Asclépios
  69. (Fishchenko et Khimich 1986)
  70. (Project Hippocrates 1995)
  71. Laffont-Bompiani édi., Le nouveau dictionnaire des œuvres, t. II, p. 1498.

Liens externes

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