Mémoire de l'eau

La mémoire de l'eau est le nom donné à une controverse médiatique, commencée en 1988 après que le chercheur Jacques Benveniste a publié les résultats d'une étude selon laquelle l'eau qui a été en contact avec une substance conserve les propriétés...



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NPOV Science - Article soupçonné de partialité - Théorie - Eau - Homéopathie - Médecine non conventionnelle

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  • ... à la mémoire de l'eau : rappelons que la mémoire de l'eau est ce concept, ... Yolène Thomas, ancienne collaboratrice du Français Jacques Benveniste... Plus simplement : aucune de ces expériences, reproche le chroniqueur de la revue... (source : sciencepresse.qc)

La mémoire de l'eau est le nom donné à une controverse médiatique, commencée en 1988 après que le chercheur Jacques Benveniste a publié les résultats d'une étude selon laquelle l'eau qui a été en contact avec une substance conserve les propriétés de cette substance tandis que celle-ci ne s'y trouve statistiquement plus[Note 1]. Le résultat est alors présenté par les auteurs comme une validation scientifique de l'homéopathie (dilutions particulièrement importantes des principes actifs). Depuis, certaines tentatives de reproduction de cette expérience ont eu des résultats qui ne vont pas dans le sens de cette hypothèse[1], d'autres ont au contraire confirmé cette hypothèse[2]. De manière globale, la communauté scientifique estime que les expériences de Benvéniste ne sont pas suffisamment reproductibles.

La controverse est initiée par un article publié par l'équipe du Dr Benveniste dans la revue Nature de juin 1988[3]. Cet article décrit la réaction de globules blancs au contact d'un anticorps et conclut que les globules blancs continuent de présenter des réactions tandis que l'anticorps est dilué au point d'éliminer statistiquement toute molécule d'anti-IgE dans la solution.

La controverse de 1988 sur la mémoire de l'eau

Immédiatement, cette étude a un retentissement important dans les médias à grand public. En France, le 30 juin 1988, le journal Le Monde consacre sa une au résultat étonnant annoncé par Jacques Benveniste. Mais dès le mois suivant, la validité des travaux est remise en doute. Aux critiques d'ordre scientifique (mise en cause du protocole et des conditions de réalisation de l'expérience) s'ajoutent des arguments sur les circonstances de publication (soupçon de conflits d'intérêt, mise en cause des critères d'acceptabilité d'un travail par la revue Nature).

Si la revue Nature a accepté de publier l'article, il était précédé d'une mention précisant que la rédaction avait accepté la publication des résultats par ouverture d'esprit, mais les estimait douteux.

Un protocole expérimental controversé

Le test utilisé, comptage du nombre de leucocytes ayant une réaction de dégranulation, n'aurait pas été suffisamment fiable car donnant lieu à trop de faux positifs.

La reproductibilité de ces expériences nécessite par conséquent un respect strict du protocole expérimental, ce qui est le préalable inévitable à la critique positive ou négative de ce travail. En 1993, une équipe utilise le même protocole expérimental et ne parvient pas à reproduire les résultats[1]. Benvéniste conteste cependant le sérieux de cette expérience surtout le fait que le protocole utilisé soit semblable à celui de 1988. Il semble aussi que les données brutes de la contre-expérience de 1993 ne soient pas disponibles publiquement au contraire de celle de 1988. La difficulté à reproduire toujours les expériences forme le principal reproche adressé à cette étude par la communauté scientifique. Pour cette raison, les expériences sur la mémoire de l'eau sont classées par certains observateurs dans la catégorie des pseudo-sciences.

L'utilisation d'une méthode de comptage donnant moins de faux positifs et éliminant l'influence de l'expérimentateur (cytométrie en flux) a permis au groupe de scientifiques dirigés par le Dr Madeleine Ennis de publier un article en 2001 dans lequel les résultats sont conformes à ceux obtenus par Jacques Benveniste[4], [5], tandis que Madeleine Ennis s'était déclarée «très sceptique quant au travail de Jacques Benveniste». Madeleine Ennis déclara le 15 mars 2001 dans The Guardian : «Les résultats m'obligent à remettre en question mon incrédulité ainsi qu'à chercher une explication logique à ce que nous avons trouvé.» Plus tard Madeleine Ennis, assistée de Jacques Benveniste, ne réussira pas à reproduire ce résultat selon le protocole expérimental proposé lors d'une émission de la BBC où la James Randi Educational Foundation offre un million de dollars à toute preuve d'un phénomène paranormal.

D'autres chercheurs, dont le Dr Bernard Poitevin, ont refusé de participer à cette expérience, car ils ont reconnu qu'elle ne respectait pas le protocole expérimental qui avait conduit aux résultats précités. En 2008 il apporte dans un article détaillé[6] des précisions sur l'histoire de la mémoire de l'eau : débuts des travaux sur les hautes dilutions en homéopathie en 1980, contrats officiels entre l'industrie homéopathique et l'INSERM U 200 en 1982, premières publications scientifiques sur l'action de médicaments homéopathiques (Apis mellifica et Silicea en 1984, 1987 et 1988), publication dans Nature en 1988, et nouvelle publications avec l'équipe de statisticiens de Spira en 1991. Bernard Poitevin a signé toutes ces publications avec Jacques Benveniste. Après, devant l'absurdité des conflits entre Benveniste et l'industrie homéopathique, il a cessé sa collaboration sans renier aucunement le travail fait et les résultats obtenus, mais en reconnaissant l'insuffisance de certaines publications, surtout de celle qui aurait dû être décisive et a abouti au résultat opposé, la publication dans Nature en 1988.

Conflits d'intérêt

Les recherches de Jacques Benveniste concernant cet article sont financées en partie par les laboratoires Boiron (jusqu'en 1989), spécialisés dans la production de médicaments homéopathiques. Certains y voient un conflit d'intérêt. La subvention de recherches médicales par des laboratoires et firmes pharmaceutiques privés est chose courante en recherche et ne cause généralement pas de problèmes. Les auteurs d'articles scientifiques doivent, au moment de la soumission d'un travail, déclarer sur l'honneur qu'ils n'ont pas de «conflits d'intérêts» et , s'ils en déclarent un, dire lequel.

Certains qualifient l'utilisation de l'argument du financement comme argument ad hominem. Lorsque Jacques Benveniste demanda le soutien des homéopathes après son éviction de l'INSERM pour continuer ses recherches, il n'obtint que trois réponses positives.

Publications de travaux insuffisamment validés

La publication des travaux de Benveniste dans les Proceedings of Molecular Biology provoqua une polémique plus générale sur les critères d'acceptabilité de la revue Nature, ces détracteurs l'accusant d'avoir publié un article sur une expérience non reproductible où la volonté de faire apparaître un résultat semblait prendre le pas sur la rigueur scientifique.

En outre, tant la revue que de nombreux scientifiques, sans discuter la validité ou l'invalidité de cette hypothèse spécifique, firent valoir qu'il arrive fréquemment qu'une hypothèse publiée dans une revue de haut niveau soit ensuite réfutée, qu'il s'agit même du fonctionnement normal de la science et que la publication dans une revue scientifique forme une proposition de nouvelle théorie qui doit dans l'ensemble des cas être vérifiée ensuite par d'autres équipes de recherche.

De plus, les tests utilisés par Benveniste avaient déjà été critiqués comme non-fiables pour d'autres usages[7]. Par conséquent, il paraissait plus qu'osé de s'en servir pour contester les bases mêmes de la physique.

Autres publications

L'article de Nature n'est pas la première publication de Benvéniste sur la mémoire de l'eau et les hautes dilutions.

En 1987, des résultats identiques furent publiés dans European Journal of pharmacology (revue de pharmacologie ayant un facteur d'impact de 2, 376[8]) [9]. Une autre publicationse déroule en 1988 dans le British Journal of Clinical Pharmacology [10] (facteur d'impact de 3, 767[11]). Ces articles ont génèré bien moins de réactions (respectivement 42 et 24 citations, en grande partie de publications concernant l'homéopathie).

Les facteurs d'impact en question signifient que ces revues sont spécifiquement bien connues dans leur domaine. Sans avoir cependant la réputation de Nature, incomparable. Il faut aussi noter que Nature concerne l'ensemble des disciplines. Or, c'est particulièrement aux yeux des chimistes, plus que des médecins, que le résultat revendiqué était choquant .

Intervention des médias dans le débat scientifique

La passion soulevée par la mémoire de l'eau tient pour énormément de l'emballement médiatique dû au caractère insolite de la découverte et au lien avec une éventuelle validation scientifique de l'homéopathie, les cas d'invalidation d'hypothèses, sans être majoritaires, étant un cas courant mais généralement discret. Si l'article avait connu le sort de la majorité des hypothèses nouvelles (publication, vérifications, publications ultérieures de confirmation ou d'invalidation) et si Jacques Benveniste, à l'époque une sommité reconnue, n'avait pas été un des signataires de l'article, cette hypothèse aurait eu peu de chances de provoquer un débat majeur, même entre spécialistes.

En effet, dans une controverse scientifique classique, les chercheurs de chaque camp s'affrontent par des articles dans les revues à comités de lecture. Ici, le camp en faveur de la mémoire de l'eau s'était fait beaucoup connaître par les médias grand public avant de publier son article dans Nature. Or, un seul article représente un élément trop faible pour parler d'une réelle controverse scientifique, d'autant qu'un article ne prend de valeur qu'après avoir été cité. De plus, cet article était publié avec un avertissement au lecteur du journal, indiquant qu'ils avaient accepté l'article par ouverture d'esprit, mais s'en méfiaient spécifiquement.

Il y a par conséquent d'une part un travail académique avec vérification de l'expérience d'origine et tentative de reproduction par d'autres laboratoires, pour laquelle la théorie est beaucoup discréditée, et d'autre part une polémique médiatique de la mémoire de l'eau où les aspects scientifiques sont somme toute assez secondaires, ce autorise la théorie de survivre sous cette forme malgré les faibles résultats scientifiques.

Cet emballement médiatique provient en grande partie d'une manœuvre de Benveniste. Le 30 juin 1988, le journal Le Monde a annoncé la découverte de Benveniste en Une. Le reste de la presse généraliste s'est aussi emparé du sujet, pour ne pas laisser l'exclusivité d'un scoop aussi important au Monde[7]. Or, à ce moment-là, l'article de Benveniste est l'unique publication existante, ce qui veut dire que la presse commente une question scientifique sur laquelle le débat scientifique n'a pas encore eu lieu. À titre de comparaison en 2008, la supraconductivité génère plus de dix prépublications par jour, ce qui veut dire que le phénomène a fait l'objet d'un débat suffisamment approfondi chez les scientifiques.

En 1989, la revue de vulgarisation scientifique Science et Vie lancera à Benvéniste un défi (avec un million de francs à la clef) pour prouver l'existence de la mémoire de l'eau. Dans le numéro d'août 1997, ce même magazine écrira : «le magicien américain James Randi a plusieurs trophées de chasse au mur pour avoir démasqué les méthodes de tricherie de Uri Geller, et la fraude de la mémoire de l'eau». Ces propos sont condamnés pour diffamation le 16/09/1998 (l'équipe de Nature avait conclu que les résultats étaient non-fiables, pas frauduleux[12]). Dès 1985, Jacques Benvéniste apparaît sur TF1 dans une émission particulièrement polémique Droit de réponse sur les médecines parallèles durant laquelle une altercation particulièrement virulente avec Marcel Francis Kahn, un éminent rhumatologue hostile à l'homéopathie, éclate.

L'enquête de Nature

Nature avait imposé en condition de la publication que Benveniste accepte d'être visité par un groupe d'experts désignés par la revue de mener sa contre-enquête à l'unité.

La composition de cette équipe a fortement surpris. Elle ne comportait aucun biologiste ; le directeur de la rédaction, John Maddox, est lui-même physicien. Il était accompagné de Walter Stewart, un expert en fraude scientifique qui n'est lui-même pas chercheur, et de James Randi, magicien spécialiste des truquages visant à faire apparaître des phénomènes paranormaux. Randi intervint aussi quand Madeleine Ennis et Jacques Benvéniste tenteront de prouver la réalité de la mémoire de l'eau devant les caméras de la BBC.

L'enquête ne mit en évidence aucune fraude flagrante, et les tests suivant le protocole standard donnèrent effectivement des résultats. Puis les examinateurs ont exigé de faire une expérience, cette fois complètement en aveugle : les tubes étaient mélangés aléatoirement, et le contenu réel indexé dans une enveloppe collée au plafond du laboratoire, avec une caméra braquée dessus (lors de l'ouverture, Randi s'aperçut que quelqu'un avait tenté d'ouvrir l'enveloppe, mais avait renoncé en se rendant compte qu'elle ne pouvait l'être sans laisser de traces). Le résultat est cette fois défavorable.

En juillet 1988, la conclusion de la contre-enquête est par conséquent [13] : «Le phénomène décrit n'est pas reproductible au sens habituel du terme. Nous concluons qu'il n'existe pas d'arguments solides pour affirmer que l'anti-IgE à haute dilution (à une dilution aussi élevée que 10120) garde une activité biologique, et que l'idée qu'on puisse imprimer dans l'eau la mémoire de solutés y ayant transité est aussi inutile que fantaisiste».

La portée du résultat éventuel

Le travail de Benveniste est aussi critiqué parce qu'il prétend faire apparaître que l'eau a une mémoire en s'appuyant sur une seule expérience. Or, un effet aussi important devrait avoir des conséquences mesurables avec bien d'autres molécules que celles des globules blancs . En réalité, la mémoire de l'eau ne peut tout simplement pas être testée généralement, faute d'avoir reçu une explication par un mécanisme global, et même une définition précise[7].

Caractère scientifique

Il est complexe de qualifier les travaux de Jacques Benveniste sur la mémoire de l'eau comme scientifiques. Jusqu'en 1988, il est reconnu comme une sommité scientifique à la réputation mondiale incontestable. À partir de 1988, ce scientifique de haut niveau a proposé de nombreuses expériences déroutantes et peu d'entre elles ont pu être reproduites par des laboratoires indépendants (Marcel-Francis Kahn estime que «[les recherches de Benvéniste] ne satisfont pas aux critères de reproductibilité qu'exige la biologie actuelle»[14]). Le problème est que la reproductibilité des expériences est la base de la Science moderne. Les avis divergent sur l'interprétation de cette non reproductibilité. Certains[évasif] pensent que c'est la nature même des expériences qui les rendaient difficilement reproductibles (voir l'avis du professeur Montagnier[15]), d'autres pensent que Benveniste ou un membre de son équipe (peut-être même à l'insu de Benveniste) trafiquaient ses expériences, consciemment ou non (c'est ce qu'on nomme l'effet expérimentateur) [16]. Certains chercheurs ont même déclaré que ce dernier était fou[17].

Hautes dilutions

Jacques Benveniste commence sa carrière de chercheur en 1965 à l'Institut de recherche sur le cancer de Villejuif. Il travaille ensuite à la Scripps Clinic and Research Foundation à la Jolla en Californie. Il devient un chercheur mondialement reconnu grâce entre autres à la découverte en 1971 d'un facteur activateur des plaquettes sanguines, le PAF-Acether. En 1973, il revient en France et intègre l'INSERM puis y crée l'unité 200 en 1980. Ce laboratoire est spécialisé dans l'immunologie de l'allergie et de l'inflammation. En 1981-1982, Bernard Poitevin (qui est aussi médecin homéopathe) prépare sa thèse en biologie dans ce laboratoire et commence à réaliser des expériences avec des produits à haute dilution. Les résultats obtenus intriguent Jacques Benvéniste puisque des produits hautement dilués continuent d'avoir un effet tandis qu'ils ne contiennent plus aucune molécule de substance active. Des résultats identiques sont obtenus par Elisabeth Davenas et Francis Beauvais[9], [10].

Origine électromagnétique de la mémoire de l'eau

À partir de 1989, Alfred Spira, statisticien spécialisé dans la biologie, rejoint l'équipe de Benveniste et mène des expériences, en partie en réponse à l'enquête de Nature. Spira met au point un protocole expérimental rigoureux conçu pour rendre inattaquables les outils statistiques utilisés. Spira fait qui plus est superviser son travail par un autre statisticien. De nouvelles expériences d'activation et d'inhibition de la dégranulation des basophiles sont menées en aveugles à Clamart. Les résultats confirment l'existence d'un effet de dégranulation à hautes dilutions. Le résultat de ces expériences est publié dans les compte-rendus de l'Académie des Sciences de Paris.

Ces résultats sont cependant contestés par Michel de Pracontal, un journaliste scientifique français, dans son ouvrage L'imposture scientifique en 10 leçons. La lecture critique de Michel de Pracontal souligne que les résultats positifs se trouvent principalement dans les échantillons traités par Élisabeth Davenas, tandis que les autres sont non-concluants. De plus, la différence relevée n'est pas dans la proportion de basophiles dans les tubes où ils sont censés avoir été dégranulés par l'effet, mais dans leur proportion sur les solutions témoin[7]. Bernard Poitevin considère pour sa part qu'Élisabeth Davenas est meilleure que ses collègues à la lecture des solutions. Michel de Pracontal considère d'une part que les résultats obtenus restent peu vraiidentiques même dans ce cas, d'autre part que cela confirme que la méthode relève d'une lecture trop subjective et sujette à l'effet expérimentateur pour apporter des conclusions sur un effet majeur[7]. Le Dr Robinzon chercheur à la faculté de Rehovot a participé à la reproduction des expériences de Benveniste en Israël réfute cependant ces accusations en déclarant : «Nous avons fait nos propres expériences, avant autant qu'après la visite d'Elisabeth Davenas avec principalement les mêmes résultats».

En 1990 et 1991, Benveniste mena toute une série d'expériences montrant l'action de l'histamine à haute dilution (concentration de 10-41) sur des cœurs de cobayes. Il montre aussi que des champs magnétiques basse fréquence suppriment l'effet de l'histamine hautement diluée. Ces mêmes champs magnétiques n'ont aucun effet sur l'histamine à des dilutions classiques[18].

Transmission de propriétés biologiques à de l'eau par circuit électronique

A partir de 1992, Benveniste mène des travaux sur la transmission électromagnétique de l'activité biologique d'une solution active vers de l'eau. L'appareil qu'il a mis au point se compose d'un premier tube dans lequel on met une substance active (de l'ovalbumine ou du lipopolysaccharide) et d'un second tube dans lequel il met de l'eau. Une «empreinte électromagnétique» (dont la nature n'est pas précisé, le terme étant inconnu en chimie) est censée être lue par un système électromagnétique rudimentaire et transmise au tube contenant de l'eau. Benveniste affirme que l'eau ainsi «imprégnée» aurait certaines propriétés biologiques semblables à celles de la substance de départ.

Les solutions d'eau «imprégnée» sont testées sur un appareil de Langendorff contenant un cœur de rat et permettant d'effectuer des mesures sur la réaction du cœur. Le 9 juillet 1992, Benveniste réalise pour la première fois une telle transmission d'une activité biologique par un circuit électronique en présence de quatre chercheurs étrangers à son laboratoire[19].

Transmission de propriétés biologiques à de l'eau à partir d'enregistrements informatiques

En juillet 1995, Benveniste, de la même manière, enregistre un signal de substances actives (ovalbumine ou acétylcholine) sur ordinateur et transmet ce signal à de l'eau à partir des enregistrements[20]. Benveniste affirme que l'eau a récupéré alors certaines propriétés de la substance d'origine. Il affirme avoir ainsi fondé une nouvelle discipline, la «biologie numérique», qu'il voit comme une ère nouvelle pour la médecine et la biologie. Loin de former une révolution, la «biologie numérique» est beaucoup oubliée des années plus tard.

Première liaison transatlantique

En 1996, Benveniste et son équipe réussissent à numériser le signal moléculaire d'une substance active à Clamart (France) ainsi qu'à le transmettre à Chicago (USA). Le signal imprègne de l'eau à Chicago et fait réagir un dispositif biologique comme l'aurait fait la substance active localisée à Clamart[21].

Création de DigiBio

J. Benveniste crée une société anonyme nommée Digibio SA en novembre 1997. Il semble que les activités de ce laboratoire ont cessé en 2001, sans avoir convaincu la communauté scientifique. En effet, sur son site internet [22], l'ensemble des publications et lettres d'information sont antérieures à cette date.

Les expériences du National Institute of Health

À partir de juillet 2001, la société Digibio, créée par Benveniste, réalise une expérience au National Institute of Health à Bethesda dans le Maryland. Pour supprimer au maximum l'interférence envisageable de l'expérimentateur, cette expérience est automatisée grâce à un robot analyseur. Ce robot sert à détecter la transformation du fibrinogène en fibrine sous l'effet de la thrombine. Au début de l'expérience, la thrombine est soumise à un signal électromagnétique numérisé. Ce signal est censé inhiber l'action de la thrombine. Du 30 octobre au 3 novembre 2001, Benveniste et deux de ses expérimentateurs réalisent des expériences concluantes montrant qu'un signal électromagnétique issu d'un enregistrement numérique pourrait bloquer l'action de la thrombine[23]. L'équipe américaine fait cependant une découverte étrange : lorsque un des expérimentateurs de l'équipe Benveniste (Jamal Aïssa) n'est pas physiquement présent, l'expérience échoue toujours. Dès le départ de l'équipe Benveniste, aucune action sur la thrombine n'est plus détectée[24]. Aucune preuve d'une quelconque supercherie n'a jamais été prouvée et personne n'a pu apporter d'explications quant à l'influence de l'expérimentateur sur l'expérience menée par le robot.

Mémoire de l'eau et paranormal

Dès 1988, des associations visant à la promotion ou à la dénonciation de phénomènes paranormaux ou ufologiques vont s'intéresser aux travaux de Benvéniste.

Henri Broch et le Comité Français d'Etude des Phénomènes Paranormaux

Henri Broch est membre du Comité Français d'Etude des Phénomènes Paranormaux, une association rationnaliste. Le premier juillet 1988, il envoie deux télex à Jonh Maddox de la revue Nature. Il explique qu'en qualité de représentant de cette association, il veut obtenir le plus rapidement envisageable une copie de l'article devant paraître dans Nature. Maddox ne répondra pas. Le 5 juillet, le numéro de cette revue arrive à la bibliothèque du campus Sciences de l'Université de Nice-Sophia Antipolis et il se met immédiatement à analyser l'article polémique. Dans son ouvrage Au cœur de l'extraordinaire, un chapitre sera consacré aux travaux de Benveniste sur la mémoire de l'eau. Le 7 juillet, il fait parvenir un télex à l'Agence France Presse signalant la non-validité des résultats publiés dans Nature et la disponibilité publique des explications[25].

Benveniste et la radionique

Selon Francis Beauvais, Jacques Benveniste a reçu en juin 1996 une personne venue lui présenter la «radionique». Elle lui présente un étrange appareil «magique» de la taille d'une boîte d'allumette où on peut transformer de l'eau en acéthylcholine en tournant un simple potentiomètre[26].

James Randi Educational Foundation

Benveniste participe à une émission télévisée de la BBC en 2001 organisée par James Randi, un illusionniste. Cette émission offre 1 million de dollars à quiconque prouverait un phénomène paranormal. Randi propose à Benveniste de reproduire ses expériences en double aveugle. Les expériences échouent et Benveniste ne gagne pas le prix.

7th Biennial European Meeting of the Society for Scientific Exploration

Yolène Thomas, une ancienne collaboratrice de Jacques Benveniste, participe en 2007 à la conférence 7th Biennial European Meeting of the Society for Scientific Exploration à Hessladen, une ville bien connue des ufologues en Norvège. Elle y présente un exposé intitulé The physical nature of the biological signal, a puzzling phenomenon : the critical role of Jacques Benveniste. Au programme de cette conférence figure de nombreux exposés sur l'ufologie ou encore la psychokynésie[27].

Les travaux de Endler

Les travaux de Endler (Ludwig Boltzman Institut für Homöopathie-Graz-Autriche) semblent confirmer des points fondamentaux de la théorie de Benveniste sur la mémoire de l'eau. Endler étudie l'action de la thyroxine (une hormone) sur la métamorphose des grenouilles. Il étudie ensuite l'action de 3 mécanismes (dont 2 ne sont pas biologiques mais électroniques) sur cette même métamorphose. Les procédés de Endler :

  1. Ultra-haute dilution de la thyroxine
  2. Transfert du signal biologique de la thyroxine à de l'eau par une méthode électronique proche de celle de Benvéniste.
  3. Enregistrement du signal biologique de la thyroxine sur un CD-ROM puis transfert ultérieur à de l'eau.

Dans les 3 cas, Endler arrive à la conclusion qu'il arrive à reproduire une action semblable à celle de la thyroxine[28], [29].

Travaux de Ennis

Un consortium de quatre laboratoires de recherche indépendants, en France, en Italie, en Belgique et en Hollande, dirigé par le Pr M. Roberfroid de l'Université Catholique belge de Louvain à Bruxelles, a utilisé une version perfectionnée des expériences originales de Benveniste pour étudier un autre aspect de l'activation des basophiles. Trois des quatre laboratoires impliqués dans l'expérimentation conclurent à une inhibition statistiquement significative de la dégranulation des basophiles par les solutions fantômes d'histamine comparé aux solutions témoins. Le quatrième laboratoire donna un résultat presque significatif, par conséquent le résultat global des quatre laboratoires était en faveur des solutions fantômes d'histamine [30], [31].

Association Jacques Benveniste pour la Recherche

L'Association Jacques Benveniste pour la Recherche[32] a été fondée le 12 mars 2005 par ses enfants. Elle a pour objet principal de susciter des vocations et de faciliter le développement de nouveaux champs de recherche dans le domaine des sciences du vivant. Elle soutient surtout les domaines de recherche ouverts par Jacques Benveniste : interfaces disciplinaires entre biologie, physique et chimie, signalisations intra- et intercellulaires, mais aussi les innovations de la recherche dans les sciences du vivant qui ne font pas l'objet de soutiens institutionnels importants. Elle récompense des travaux scientifiques chaque année depuis 2007 par le «Prix Jacques Benveniste».

Les travaux de Luc Montagnier

Le 27 octoble 2007, à la conférence de Lugano Nano-elements from pathogenic microorganisms, Luc Montagnier émit l'hypothèse de l'existence dans l'eau de nano-structures assez stables capables de mémoriser au moins partiellement une information génétique[15], [33]. Cette hypothèse expliquait une expérience que Montagnier présenta comme idéalement validée par son équipe : le plasma sanguin est capable d'émettre par résonance des signaux électromagnétiques caractéristiques indiquant que ce plasma a été mis en contact avec certains virus ou bactéries et ce en l'absence totale de ces virus ou bactéries, celles-ci ayant été complètement filtrées. La présentation de ces travaux fut accompagnée d'un soutien clair de la part de ce chercheur aux travaux de Jacques Benveniste sur la mémoire de l'eau. Luc Montagnier indiqua aussi au sujet des expériences sur la mémoire de l'eau que Jacques Benveniste avait «des résultats exacts mais qui étaient difficilement reproductibles», tout en rejetant totalement l'idée d'une fraude de ce dernier (hypothèse qui n'est d'ailleurs pas sérieusement envisagée par les détracteurs de Benveniste).

Les travaux de Widom, de Valenzi et de Srivastava

Lors de la conférence Molecular Self-Organization in Micro-, Nano-, and Macro-Dimensions : From Molecules to Water, to Nanoparticles, DNA and Proteins à l'institut Bogolyubov de physique théorique (Ukraine) organisé par l'académie des sciences d'Ukraine du 8 au 12 juin 2008 [34], trois chercheurs, Allan Widom (du département de physique de l'université de Boston, États-Unis), Yogi Srivastava (du département de physique de l'université de Perugia en Italie), Vincenzo Valenzi (du centre de recherche CIFA à Rome, Italie) ont présenté un article intitulé The Biophysical Basis of Water Memory («les bases biophysiques de la mémoire de l'eau») [35]. Dans cet article, les auteurs affirment dans l'abstract (donc sans référence) que certaines expériences de Benveniste ont été reproduites par trois laboratoires indépendants, et que des travaux ultérieurs ont montré que l'activité biochimique de plus de cinquante dispositifs biochimiques et même de bactéries peut être induite par des signaux électromagnétiques transmis au travers de solutions aqueuses (ce qui exclut l'eau pure et les dilutions éliminant statistiquement toute molécule). Les sources de ces signaux électromagnétiques sont des «enregistrements» de ces activités biologiques spécifiques. Les auteurs concluent que ces résultats suggèrent que l'information biochimique pourrait être stockées dans les moments des dipôles électriques des molécules d'eau d'une manière complètement analogue à l'enregistrement d'informations sur un disque dur sous la forme de moments magnétiques. Cependant, il reste à expliquer comment l'ordre de lecture demeure, puisque dans un disque dur les 0 et les 1 sont lus dans le bon ordre à cause de l'impossibilité de déplacement des micro-supports. Dans un liquide, les déplacements des dipôles transformeraient immédiatement une telle information en bruit[36].

Travaux de Philippe Vallée

Indépendamment des travaux de Benveniste, Philippe Vallée a étudié la modification des propriétés physiques de l'eau soumise à l'action d'un champ électromagnétique basse fréquence. Notons que P. Vallée n'emploie jamais l'expression mémoire de l'eau mais, mais que celle-ci est cependant présente dans de nombreux articles qu'il cite. De plus, en aucun cas on ne peut considérer que les travaux de Vallée forment une quelconque validation scientifique de ceux de Benveniste. Notons cependant que Yolène Thomas, qui fait partie de l'équipe d'encadrement de la thèse de Philippe Vallée a longuement travaillé et publié avec Jacques Benveniste.

Ingénieur spécialisé dans les phénomènes d'osmose inverse, Philippe Vallée a mis en évidence, d'une façon qui a depuis été reproduite, que l'exposition a des champs électromagnétiques basse fréquence peut avoir un effet sur les propriétés physiques de l'eau[37], seulement à cause des impuretés qui s'y trouvent infailliblement. Cette modification dure plusieurs jours (jusqu'à douze jours).

Dans une expérience réalisée en 2004, Philippe Vallée mesure la diffusion statique de la lumière sur de l'eau, puis sur de l'eau ayant été exposée durant 6 h à un champ électromagnétique basse fréquence. L'eau est excitée par un laser à argon et une cellule d'un spectrophotomètre mesure la lumière diffusée sous un angle de 60°, 90° ou 120° comparé au faisceau incident. Il mesure ensuite l'intensité maximale de diffusion de la lumière. On observe dans cette expérience une diminution de 27% de cette intensité pour l'eau ayant été soumise à un champ électromagnétique. Cette expérience met par conséquent en évidence une modification claire et reproductible d'une propriété physique de l'eau sous l'effet d'un champ électromagnétique. Il observe qui plus est que cette modification peut durer douze jours après l'exposition.

Les travaux des Professeurs Pang Xiao-Feng et Deng Bo

Dans le numéro de novembre 2008 de la revue Science in China Series G- Physics, Mechanics&Astronomy[38], les Professeurs Pang Xiao-Feng et Deng Bo décrivent un effet qu'ils nomment «effet mémoire de l'eau magnétique» (en anglais «magnetic water's memory effect»). Sous l'action d'un champ magnétique, ils observent des modifications permanentes des propriétés physiques de l'eau (surtout l'absorption de la lumière dans l'infra-rouge et l'ultra-violet) ainsi q'une diminution de l'hydrophobie de l'eau. Des phénomènes nouveaux apparaissent aussi, comme l'existence de six pics d'absorption de la lumière dans la zone 3000-4000 cm de longueur d'onde.

Notes
  1. Cela veut dire que le taux de dilution est , en puissances de 10, particulièrement supérieur au nombre de molécules originellement présentes. On ne peut plus alors parler d'un nombre de molécules présentes, mais d'une probabilité d'en trouver au moins une (rendue ici négligeable).

Références

  1. ab S. J. Hirst, N. A. Hayes, J. Burridge, F. L. Pearce, J. C. Foreman, Human basophil degranulation is not triggered by very dilute antiserum against human IgE, Nature 366, p. 525-527 (9 décembre 1993) [1]
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Bibliographie

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  • Un cas de censure dans la Science : l'affaire de la mémoire de l'eau, Michel Schiff, éd. Albin Michel, 1994. ISBN 2-226-07511-9
  • Les Controverses de la recherche sur les hautes dilutions, pp. 402-411 de Le Guide des Allergies, Bernard Poitevin et Bernard Chemouny, Ed Odile jacob, 2001.
  • Les Mystères de la mémoire de l'eau, Michel de Pracontal, Ed La découverte, 2 mars 1990.
  • Inhibition of human basophil degranulation by successive histamine dilutions : Results of a European multi-centre trial, P. Belon, J. Cumps, M. Ennis, P. F. Mannaioni, J. Sainte-Laudy, M. Roberfroid and F. A. C. Wiegant, Inflamm. res. 48, Supplement 1 (1999) S17–S18 1023-3830/99/010S17-02.
  • Savants maudits, Chercheurs exclus : Tome 2 Pierre Lance Guy Trédaniel (2005)
  • L'Âme des Molécules - Une histoire de la mémoire de l'eau, Francis Beauvais, Coll. Mille-Mondes[17], Ed. Lulu. com (2007), ISBN 978-1-4116-6875-1.
  • L'affaire de la mémoire de l'eau : pour une sociologie de la communication scientifique, Alain Kaufmann, in Beaud P., Flichy P., Pasquier D. et Quéré L., (Eds. ), Sociologie de la communication, Paris : Réseaux-CNET, pp. 497-519 (1997).

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